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24 février 2018, 14h00, salle municipale de La Chapelle-du-Lou-du-Lac  : assemblée générale de l’association

 

3 janvier 2018 : textes prononcés lors des obsèques de Marie

Église Sainte-Catherine (La Chapelle) [Édith]

Marie, nous sommes réunis pour vous rendre hommage, à vous, l’enfant du Lou. Vous êtes née à La Ville-Piron et avez ensuite toujours vécu au château, que vos parents ont acheté en 1924. Votre père était à la forge, votre mère s’occupait du café, de l’épicerie et des animaux. Votre scolarité s’est effectuée au Lou, puis à Montauban, où vous vous rendiez en vélo : selon vos dires, vous faisiez des envieux car tous les enfants n’avaient pas la chance d’en avoir un. Les vélos ont eu une place importante dans votre vie, puisque, par exemple, vous alliez à Rennes par ce moyen pour chercher vos provisions pour l’épicerie durant la seconde guerre : un Allemand vous l’a d’ailleurs volé, votre vélo, ce que vous ne lui avez jamais pardonné !

Durant deux hivers, vous êtes allée à Rennes et à Breteil apprendre la couture, mais vous préfériez être au château pour y servir la clientèle et vous occuper des animaux. Au décès de votre papa, en 1945, la forge passe à Jean Aubry jusqu’en 1958, année du décès de votre maman : vous restez alors seule à vous occuper du café, de l’épicerie, ainsi que des vaches et des volailles. Vous avez toujours aimé les animaux, des vaches pour le lait, des oies pour la garde (plus efficaces que les chiens !), et d’innombrables chats. On compte aussi, et surtout, des chiens, dont au moins un Turc, trois Patous, trois Brutus. Chose plus rare, vous avez domestiqué deux renards, amenés petits par des chasseurs, si câlins qu’ils venaient manger sur vos genoux.

Femme de caractère, c’est vous qui le dites, vous saviez assurer la paix dans votre café, où il n’y a jamais eu de bagarre : au besoin, vous pouviez tout de même sortir un client en le traînant par les pieds ! Vous avez nourri les enfants de l’école du Lou quand ils venaient manger lors de la pause de midi : ils devaient manger de tout, y compris de la soupe, sinon, pas de dessert, et ne devaient pas trop bouger partout, car vous les remettiez en place même si votre chien n’aimait pas ça et se mettait à gronder !

Marie, vous avez tenu votre commerce pendant plus de 55 ans, arrêtant progressivement l’élevage des vaches, puis l’épicerie lors du passage à l’euro. En 2013, votre santé défaillante vous a contrainte de quitter votre château, « ma maison » disiez-vous fort simplement. Par-dessus tout, votre chien vous a durement manqué…, mais vous saviez fort bien qu’il ne pouvait se rendre à la maison de retraite, où tout le monde, pensionnaires et personnel, vous connaissait. Car pour tous, Marie c’était le Lou, qui vous a faite citoyenne d’honneur à l’occasion de vos 90 printemps.

Au moment où, effet du progrès, le Lou fait partie de la nouvelle entité La Chapelle-du-Lou-du-Lac, ce qui vous faisait un peu maugréer, vous nous quittez. Mais, Marie, le cercle de vos amis dépasse largement les limites du Lou-du-Lac, où vous reposerez tout à l’heure avec vos parents : soyez certaine que dans toutes les mémoires vous resterez à jamais notre chère Marie du Lou.

 

Église Sainte-Catherine (La Chapelle) [Huguette]

Extrait du Petit prince, Antoine de Saint-Exupéry [en cours d’édition]

 

Église Saint-Loup (Le Lou) [Philippe]

Chère Marie,

Comment raconter en quelques mots votre vie, comment comprendre, ce qui est bien plus difficile, le sens de votre vie ? Ceux qui croient au ciel sauront peut-être déterminer sa signification, espérant en sa transcendance ; ceux qui n’y croient pas seront probablement plus embarrassés. Mais tous ont à cœur le souci d’honorer votre mémoire et de s’unir fraternellement par la pensée autour de vous.

Qui êtes-vous Marie ? La question peut sembler simpliste : presque doyenne du Lou, beaucoup vous ont toujours connue, vous associant à votre si extraordinaire café de campagne. Aussi le cercle de vos relations dépasse-t-il largement la commune, le canton, voire le département : vous avez atteint à la célébrité après votre passage sur le petit écran il y a vingt ans, qui vous avait attiré de nouvelles fréquentations. Mais, au-delà de la simple curiosité, qui vous amusait quelque peu, pourquoi un tel succès ? L’étrangeté de votre situation professionnelle ? Le pittoresque du château ? Le parfum d’un passé évanescent ? Ou, plus probablement, votre propre personne et votre personnalité remarquables ?

Vos parents ne sont pas originaires du Lou, mais un bienveillant hasard a abouti à ce que vous soyez l’une des plus éminentes représentantes de ce lieu attachant. Votre père, Ferdinand, était natif de Saint-Léger-en-Charnie, en Mayenne : le seul commerce de cette commune de 300 habitants était, jusqu’à sa très récente fermeture, un café-épicerie-restaurant, étrange parallèle avec le Lou… Votre mère, Marie Martinais, était originaire de Médréac. Tous les deux étaient les petits derniers d’une fratrie de quatre enfants, avec de grandes différences d’âges entre les aînés et les benjamins. Ceci peut contribuer à expliquer, outre l’éloignement géographique, pourquoi les liens familiaux paraissent distendus, puisque la dernière fois où vous avez entendu parler d’un vague cousin, c’était… en 1942 !

Marie Martinais épousa en premières noces Eugène Georgeault, natif d’Irodouër. Malheureusement, pauvre soldat, il fut tué en 1917 : associons-le au souvenir du million et demi de morts de la Grande Guerre, dont nous commémorons ces temps-ci le triste centenaire. Ferdinand y avait également combattu, plus de quatre ans, mais par chance il s’en tira, apparemment sans une égratignure. Maréchal-ferrant, compagnon du Devoir nous avez-vous dit (en vous reprochant, à mots vifs que je ne répéterai pas en ce saint lieu, d’avoir détruit ses papiers), Ferdinand donc rencontra sa Marie chez des amis communs, agriculteurs à Pacé : elle était marraine de leur petite fille, une autre Marie, il en était le parrain, le choix de votre prénom fut sans doute vite trouvé ! Ils s’établirent à La Ville-Piron où vous êtes née le 25 février 1923, ce qui faisait dire au taquin, et regretté, Jean Guillorel, installé à une table de votre café « Marie, t’es pas d’ici ! » : effectivement 900 m séparent votre lieu de naissance de l’endroit où vous avez ensuite toujours vécu depuis octobre 1924. Vos parents avaient alors acheté le château, dont on connaît les propriétaires nobles depuis le début du XIVe siècle ; peut-être les tout premiers seigneurs étaient-ils installés sur la motte qui a environ 1 000 ans d’âge, comme la mignonne église où nous sommes rassemblés. Fait remarquable dans cette histoire, votre famille est la première roturière, celle de « vrais gens » : aussi votre « maison », terme que vous utilisiez souvent, ouverte à tous, a-t-elle amplement mérité son surnom affectueux de « château du peuple ».

En ce lieu, votre père installa sa forge, où il travailla jusqu’à son décès, le 20 mai 1945, âgé de 63 ans. Votre mère assurait l’élevage des animaux, vaches et volailles, mais tenait aussi le commerce du café et de l’épicerie. Cette vie était loin d’être aussi tranquille qu’il y paraît, à preuve ces extraits de la magnifique lettre que vous écrivait Ferdinand le 1er février 1935 :

« Ma chère petite Marie,

J’irai te voir dimanche prochain si je peux, mais ta mère m’a dit que tu avais envie de pleurer mercredi soir quand elle fut te voir. Tu es assez grande pour te rendre compte que la vie n’est qu’un tourment, même pour les écoliers. C’est toujours du travail, et il faut toujours chercher à faire mieux que son voisin pour réussir à l’école. Dans le travail et dans le commerce, c’est encore bien plus désagréable, puisqu’en plus du travail, tu auras la concurrence des autres commerçants. Et plaire à tout le monde, c’est-à-dire recevoir tous les reproches souvent injustes des clients, soit pour le prix, soit pour la qualité de la marchandise ; et il faut faire bonne figure à tout le monde, ce qui est bien plus dur que d’apprendre une leçon ou de recevoir les observations de tes maîtresses. À l’école, c’est l’apprentissage de la vie, c’est là qu’il faut dompter ses nerfs, apprendre à recevoir tous les déboires qui nous attendent dans la vie. Il faut, à l’école, faire mieux que bien. Ne boude pas au travail de l’école, il faut y prendre goût car tu auras grand besoin plus tard des leçons que tu reçois maintenant […] ».

Ces difficultés du commerce et des relations sociales avec des clients parfois irascibles ou pompettes…, ne vous empêchèrent point de prendre la suite de votre mère à son décès, le 4 janvier 1958 (60 ans demain), à 73 ans, et ce jusqu’en 2013 : cette longévité, plus de 55 ans, est une sorte de record ! La commune vous avait alors proclamée citoyenne d’honneur, juste reconnaissance de votre tâche et de votre réputation, hommage de l’estime, mais aussi de l’amitié, de vos concitoyens. Seules les infirmités dues à l’âge vous obligèrent, bien malgré vous, à arrêter vos activités, et à loger à Montauban aux Grands Jardins, où vous avez été bien soignée, entourée d’affection, mais où vous manquait beaucoup votre Brutus…

Il faudrait pouvoir évoquer vos amis, certains de très, très longue date. Mentionnons seulement une personne, qui les résume un peu tous, Louisette Couvreur, aujourd’hui disparue, que vous aviez connue alors que vous aviez chacune une quinzaine d’années. Cette complicité fut transmise à ses enfants, puis à ses petits-enfants, pendant 80 ans, un peu comme les nombreux vacanciers qui séjournèrent au château depuis l’après-guerre et qui y conservèrent des souvenirs émus.

Votre indépendance d’esprit et votre force de caractère (peut-on dire votre « féminisme » ?), d’autres faits qui vous regardent seule, ont fait que vous n’avez pas fondé de famille, même si vous avez plusieurs fois, devant divers proches, évoqué discrètement votre vie sentimentale, pas toujours aussi heureuse que vous l’auriez souhaitée. Mais, à défaut d’une famille biologique, d’un mari, d’enfants et de petits-enfants, par votre gentillesse, votre humour et votre sens du partage, vous avez constitué autour de vous une vaste famille d’amis.

Chère Marie, tous ici peuvent bien vous l’avouer : nous vous aimions.

 

Église Saint-Loup (Le Lou) [Linda]

Nous sommes réunis aujourd’hui pour toi, Marie. Je pense que pour beaucoup d’entre nous, réunis ou en pensée, tu es notre Johnny à nous. Par ce poème, Les fleurs, je, nous, te rendons hommage.

Filles de la rêverie et sœurs des songes,

Elles ont un pur langage sans mensonges,

Pour nous dire dans le plus grand des silences

Tout l’amour né de leur magnificence.

 

Les belles se répandent, rêveuses, sous nos pas,

Nous disent alors des mots si doux tout bas,

Que notre âme chancelle et s’en étonne,

Elles que trop souvent on abandonne.

 

Il en est qui viennent en visite

Pour nous rappeler qu’elles existent,

Pour consoler tous ceux qui pleurent

Et pour fleurir ceux qui meurent.

 

Si ta route est trop dure,

Va, seule, dans la nature

Et ouvre bien ton cœur

Pour y semer des fleurs.

 

Cimetière du Lou [Anna]

Poème de Brutus à Marie

Je suis celui qui t’attend. Tes voitures font un bruit spécial et je les reconnais entre mille autres. Tes pas résonnent de manière magique, c’est une musique pour moi. Ta voix est le signe le plus évident de mon bonheur, et il n’est pas nécessaire de parler, j’entends ta tristesse. Si je vois ton bonheur, je suis heureux ! Je ne fais pas de différence entre une bonne et une mauvaise odeur, je sais uniquement que ton arôme est le meilleur. Certaines présences me plaisent, d’autre moins. Mais ta présence est celle qui émeut mes sens.

Toi, qui fais ta sieste au château, tu es ma maîtresse, et moi je suis le gardien de tes rêves. Ton regard est un rayon de soleil lorsque je m’aperçois que tu te réveilles… Tes mains sur moi ont la légèreté de la paix. Et lorsque tu pars, tout est vide à nouveau…

Et moi, je continue à t’attendre, encore et encore… J’attends le bruit des voitures, le son de tes pas, de ta voix. J’attends ton humeur toujours lunatique. Ton odeur. Ton repos sous ma vigilance. J’attends tes yeux, tes mains, et moi je suis content aussi.

Je suis celui qui t’attend.

Je suis ton chien Brutus.

Au revoir, maîtresse.

 

Cimetière du Lou [Soazig]

Demain, dès l’aube… (Victor Hugo)

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

 

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Note: les textes du déroulé de la messe sont disponibles à la demande auprès de Fabrice.

 

 

 

 

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